L’ASSOCIATION AMPASEO, RECONNUE D’INTÉRÊT GÉNÉRAL, EST HABILITÉE À RECEVOIR DES DONS DÉDUCTIBLES DES IMPÔTS À HAUTEUR DE 66% POUR LES PERSONNES PRIVÉES ET 60% POUR LES PERSONNES MORALES

 Le viol est le seul crime dont l’auteur se sent innocent 

et la victime coupable.

Antoine Garapon, Pour une autre justice, la voie restaurative

1er avril 2026 : Observations et inquiétudes des victimes sur le dispositif « Renaître " mis en place par la CEF

Réunis à Lourdes en assemblée plénière, les évêques de France (Conférence des évêques de France) ont dévoilé le jeudi 26 mars leur nouveau dispositif intitulé « Renaître », destiné à remplacer l’INIRR (Instance Nationale Indépendante de Reconnaissance et de Réparation), laquelle avait été créée comme réponse de justice restaurative conformément aux recommandations de la Ciase en 2021.

Réactions des victimes et absence de consultation

Cette annonce était particulièrement attendue par les victimes représentées par l’association Ampaseo. Cependant, aucune consultation n’a eu lieu entre les évêques de France et ces victimes, malgré un dialogue préexistant visant à l’écoute, la reconnaissance et la réparation des victimes de crimes sexuels. La nouvelle a été reçue comme un choc, provoquant stupeur et incompréhension parmi les personnes concernées.


Expérience et indépendance de l’INIRR

L’INIRR, mise en place par l’Église en 2022, était reconnue comme un tiers de justice indépendant, bénéficiant de quatre années d’expérience dans l’accompagnement des personnes victimes. L’INIRR a fait un travail remarquable.


Observations sur le choix du nom « Renaître »

Le choix du nom « Renaître » suscite de vives interrogations parmi les victimes, qui y voient une forme d’affront : il est difficile d’imaginer une renaissance après des actes aussi graves que des viols, les séquelles étant irréversibles pour les survivants, d’autant que certains n’ont pas eu la force de vivre. Le terme choisi, qui impose de plus une dimension spirituelle - « renaître de l’esprit » selon l’évangile de Jean - semble occulter la nécessité fondamentale de reconnaître les faits, qui doit être la première étape du processus.


Disparités et problématiques organisationnelles

Il existe une grande disparité entre les évêchés : dans certains, les structures d’écoute sont insuffisantes, voire inexistantes. La question se pose alors de savoir comment l’ensemble des évêchés pourra former efficacement les personnes chargées d’accueillir et d’écouter les victimes.

La mise en œuvre des actions dépend de la volonté de chaque évêque, qui reste le maître absolu dans son diocèse. De plus, il n’est pas évident pour une victime de savoir où s’adresser lorsque les faits ne se sont pas produits dans son diocèse de résidence.


Perte d’indépendance et questions de confiance

Le nouveau dispositif compromet l’indépendance totale de la structure de reconnaissance et de réparation, puisqu’il faudra désormais passer autant que possible par le diocèse. Ainsi, il ne garantit ni l’indépendance, ni la présence d’un tiers de justice.

La question de la confiance demeure centrale : comment les victimes pourraient-elles confier leur parcours à une institution qui a failli à son devoir de protection, surtout lorsque certains hommes d’Eglise font eux-mêmes l’objet de révélations sur leur comportement ? Il est impossible pour l’Eglise d’être à la fois juge et partie.


Formation des écoutants et disparités persistantes

La formation des personnes chargées de l’écoute doit être totalement repensée et reconstruite, car l’expertise ne s’improvise pas. Les moyens mis en œuvre pour former ces personnes diffèrent selon les diocèses, ce qui soulève encore une fois la question des disparités.


Reconnaissance et réparation financière

Le texte indique que « la contribution financière devient envisageable mais la victime devra en faire la demande explicite ». Or, il est difficile pour une victime de formuler une telle demande, car cela implique d’accepter une réparation financière, un parcours souvent douloureux et symboliquement crucial pour la reconnaissance. Le versement d’une somme d’argent doit être considéré comme un acte obligatoire pour valider la reconnaissance ; sans reconnaissance, il ne peut y avoir de réparation. 

Le terme « envisageable » est particulièrement choquant, car il place les victimes dans une position de demandeurs, il s’agit alors d’une aide et non plus du tout de réparation, ce qui est vécu comme une insulte. Finalement l’agresseur n’en est finalement plus un, excepté si le TCPN (Tribunal Pénal Canonique National) le qualifie ainsi.


Contexte national et avenir du dispositif

L’Église de France, Conférence des évêques et Conférence des religieuses et religieux (CORREF), conjointement commanditaires de l’étude menée par la Ciase en toute indépendance, est la seule entité à avoir reconnu et pris en compte les violences sexuelles. Le rapport a révélé un chiffre estimé à 330 000 victimes. Aujourd’hui, moins de 1% d’entre elles se sont manifestées dans leur diversité et leur intensité. Les violences sexuelles ont parfois duré des années, par des agresseurs différents. Certaines personnes sont décédées : vieillesse, suicides… Ceci qui montre l’ampleur du travail restant à accomplir.

La décision de mettre fin à l’INIRR interroge, d’autant qu’il a fallu beaucoup d’énergie et de compétences pour construire ce dispositif qui donnait satisfaction. La disparition de cette instance nationale, qui accompagnait ou suppléait le dispositif diocésain, laisse planer une incertitude sur l’avenir du soutien aux victimes dans un contexte où les révélations au sein de l’enseignement catholique réactivent les témoignages. 

Rester sur ce modèle et le transformer eût été pertinent afin de maintenir une réponse au niveau de l’attente des victimes qui le souhaitent.


Une reconstruction difficile et une synodalité absente

Avec « Renaître », le chemin de reconstruction annoncé risque d’être chaotique pour les victimes qui auront le courage de se manifester. La synodalité, c’est-à-dire la participation de toutes les entités de l’Église à sa mission, n’est pas appliquée dans ce contexte. Les victimes, fortes d’une expertise liée à leur vécu, constituent une entité à part entière et demandent à être pleinement écoutées et surtout entendues.


Le sentiment dominant est que la priorité de ce nouveau dispositif mis en place par le évêques de France semble être la sauvegarde de l’Église plutôt que celle des victimes, et que le fonctionnement en vase clos perdure, ce qui ramène la situation à son point de départ.

Enfin, une question pour les évêques de France : quelles sont les raisons qui ont motivé cette décision ? 

18 mars 2026- Colloque CEF avec les économes diocésains

Débats et échanges sur la procédure de reconnaissance et de réparation 
avec l’Inirr et la CRR

Propos de Jean-Pierre Fourny



Nous ne voulons pas tourner la page
, vous ne devez pas tourner la page.

Écoutez le silence des victimes qui ne peuvent parler ou qui sont décédées.

La Ciase a révélé l’ampleur du désastre avec le rapport Sauvé. 330 000 victimes

c’est énorme.

Cela ne s’est pas arrêté comme par magie, ce n’est pas de l’histoire ancienne !


La création de deux commissions indépendantes, l’Inirr et la CRR sont très très importantes et il faut absolument les maintenir.

Si vous ne faites pas le nécessaire, il y aura des répercussions néfastes pour la religion catholique.


La réparation financière justifie et conforte la reconnaissance et parfois guide les victimes qui en ont la force (moins de 1%). Certaines victimes ont voulu mourir ou se sont suicidées.

Dédommager n'est pas une punition, elle est un passage nécessaire et une aide pour la reconstruction des personnes ayant subi des violences sexuelles.

Pour les victimes, remplir une grille d’évaluation financière est une épreuve majeure, comment en effet évaluer le préjudice subi ? Nous avons pour cela bénéficié de l’écoute et du soutien des référents de la CRR et de l’Inirr.

La symbolique des réparations financières portées par l’Eglise restera une preuve

de la reconnaissance des victimes, un marqueur mémoriel nécessaire et essentiel pour les générations à venir.


Il est de votre responsabilité d'aider les victimes à parler

Prenez en exemple le diocèse de Nantes. Ici, l’évêque Laurent Percerou, avec le

directeur départemental de l’enseignement catholique de Loire-Atlantique, ont organisé conjointement un appel à témoin. Ils ont anticipé les retours avec leur structure dédiée à l’écoute, orientent les victimes vers les services judiciaires ou vers l’Inirr selon les cas. D’autres diocèses, trop peu malheureusement, sont dans la même démarche.


L'hommage le troisième vendredi de carême est une bonne initiative de l'église.

Dommage que quelques diocèses ne se sentent pas concernés.

Il y a aussi d'autres possibilités de réparation comme une journée mémorielle, des plaques mémorielles, une rencontre avec les évêques ou les supérieurs des congrégations, la création de moments de convivialité.


Avec ce malheur, nous avons rencontré beaucoup de personnes vraiment exceptionnelles, qui nous accompagnent et œuvrent sans relâche et bénévolement pour la reconnaissance et la réparation des victimes et faire de l’Église de France une maison sûre. Il est absolument nécessaire de pérenniser ces instances indépendantes.

Les diocèses ne peuvent pas être juges et parties.


Ce n'est pas votre argent que nous cherchons, c'est la valeur de votre cœur ♥️ 


Mars 2026, Assemblée générale : bilan et perspectives

➡️ C’EST PAR ICI !

6 mars 2026, assemblée générale - Interventions de Solène Bondu (Diocèse 44) et Marie Derain de Vaucresson, présidente de l'Inirr

1. Formation des séminaristes et prévention

La formation des prêtres comporte une base commune, mais les pratiques varient selon les séminaires et les diocèses.

Au séminaire de Nantes, certaines évolutions ont été mises en place :

vie communautaire des séminaristes (type colocation) pour observer leur comportement au quotidien ;

interventions de spécialistes et de laïcs, dont des femmes ;

formation sur la vie relationnelle, sexuelle et la prévention des violences ;

interventions de psychologues comme Jean-Luc Pillet.

Des associations de victimes ont été invitées à témoigner devant les séminaristes, ce qui a eu un fort impact pédagogique.

Limite évoquée :  beaucoup d’agressions sont commises par des prêtres plus âgés (vers 40 ans), donc pas forcément détectables pendant la formation.


2. Importance du témoignage des victimes

Les rencontres entre victimes et séminaristes sont jugées très utiles pour sensibiliser.

Les séminaristes ont souvent peu de connaissances sur les violences sexuelles.

Les associations souhaitent que ces témoignages soient intégrés officiellement dans les programmes de formation.


3. Difficultés institutionnelles dans l’Église

Plusieurs critiques apparaissent :

Manque de coordination entre évêques et diocèses.

Difficulté à organiser des actions communes.

Certaines initiatives avancent lentement ou ne sont pas généralisées.

Les structures de l’Église sont parfois perçues comme lourdes et peu réactives.

Certains évêques sont considérés comme exemplaires dans leur engagement, notamment dans le diocèse de Nantes.


4. Lancement d’un appel à témoignages (cas du diocèse de  Nantes)

Un appel public aux victimes a été lancé afin de recueillir des informations sur des abus passés.

Objectifs :

vérifier les rumeurs selon lesquelles “tout le monde savait” ;

recueillir des faits précis (dates, personnes, lieux).

Résultats :

10 à 15 témoignages immédiatement, puis beaucoup d’autres.

Au total, 134 situations recensées.

Les témoignages proviennent de victimes, de témoins, de proches de victimes décédées.


5. Travail de la cellule d’écoute

La cellule d’écoute a adapté son fonctionnement pour gérer l’afflux :

entretiens téléphoniques au lieu de rendez-vous en présentiel (exceptionnellement) ;

collecte systématique d’informations ;

transmission directe des dossiers au procureur.

Habituellemement les entretiens se font avec deux professionnels (psychologique et juridique).


6. Volet judiciaire

certains témoignages étaient trop vagues pour être qualifiés juridiquement ;

la majorité des faits étaient prescrits.

Cela signifie qu’il est souvent impossible d’engager des poursuites, même si les faits semblent crédibles.


7. Recherche pour comprendre les abus

Le diocèse veut désormais :

mener une étude universitaire ;

analyser les archives ;

comprendre comment ces abus ont pu se produire.

Environ 80 cas sur 134 concerneraient l’établissement Saint-Stanislas.

Objectif :

comprendre le système qui a permis ces violences,

vérifier que les mesures actuelles empêchent leur répétition.


8. Organisation nationale et appels à témoignages

les appels à témoignages se multiplient dans les diocèses ;

ils sont encouragés par des organismes comme l’INIRR ou la CRR.

Principes importants :

souvent plusieurs victimes pour lancer un appel (souvent au moins 3 cas) ;

il faut anticiper les conséquences (écoute, accompagnement, justice).

Sans préparation :

les structures peuvent être rapidement débordées.


9. Libération de la parole et limites

Même avec des appels à témoignages :

très peu de victimes parlent.

On estime qu’environ 1 % des victimes dénoncent les faits.

Les raisons : honte, peur, traumatisme, volonté de protéger l’agresseur ou la famille.

Il faut donc respecter le rythme des victimes.


10. Responsabilité de l’Église

Un point majeur est souligné :

la responsabilité de l’Église est d’avoir échoué à protéger les enfants.

reconnaître cette responsabilité est essentiel pour avancer.


11. Mesures de prévention actuelles

Plusieurs actions sont mises en place progressivement :

formation sur la protection de l’enfance (ex : programme “Stop abus”) ;

demande d’extrait de casier judiciaire pour les bénévoles ou responsables ;

formations communes dans plusieurs diocèses ;

création de postes spécialisés dans la prévention.

Les pratiques restent très variables selon les diocèses.


Conclusion générale

l’Église tente de mieux prévenir les abus sexuels et accompagner les victimes ;

les appels à témoignages permettent de révéler l’ampleur des violences passées ;

beaucoup de faits ne peuvent plus être jugés car prescrits ;

des efforts de formation, de prévention et de coordination sont en cours, mais le système reste inégal selon les diocèses.


Objectif 

comprendre les mécanismes ayant permis ces abus,

améliorer la prévention,

reconnaître et accompagner les victimes.